Groupe de travail - Hébergement d'urgence

sansabri
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Groupe de travail créé le 23 octobre 2018.
Rapporteur: Nicolas Démoulin
Depuis septembre 2017, le Gouvernement s’est engagé dans un changement de paradigme sur la question des sans-abri avec le plan quinquennal en faveur du Logement d’abord.
Ce plan, dont l’objectif est d’insérer plus efficacement les sans-abri en leur attribuant directement un logement, implique à moyen terme une réforme structurelle de l’hébergement d’urgence. Je suis toutefois convaincu depuis le départ qu’il ne faut pas opposer Logement d’abord et hébergement d’urgence. Dans le contexte actuel de hausse constante des besoins, les centres d’hébergement d’urgence continueront en effet d’exister et il nous faut des centres de qualité pour accueillir les sans-abri et les orienter rapidement vers le logement.
C’est avec cet esprit que j’ai procédé, depuis décembre dernier, à l’audition des principaux acteurs nationaux de l’hébergement et que j’ai réalisé quatre déplacements à Grenoble, Strasbourg, Paris et Montpellier, au cours desquels j’ai pu échanger avec les acteurs locaux et visiter huit centres d’hébergement. Il ressort de mes travaux quelques constats marquants et vingt-huit propositions.
Mais avant de les détailler, je souhaite rappeler ici quelques éléments factuels sur les sans-abri.Le clochard aviné qui mendie, c’est l’image tenace qui nous vient à l’esprit quand on évoque les sans domicile fixe (SDF). Pourtant, 40 % des SDF sont des femmes, il y a de nombreux jeunes majeurs, 10 % ont fait des études supérieures et environ un quart d’entre eux travaillent. L’espérance de vie d’un SDF est de 49 ans. Actuellement, tous les soirs, l’État finance 150 000 places d’hébergement, soit l’équivalent de la population du département du Cantal, dont 15 000 places créées spécialement cet hiver.

La gestion de ces places est confiée à des opérateurs, la plupart associatifs, dans différentes formes de structures, qui vont de la simple mise à l’abri aux centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), où les sans- abri bénéficient d’un accompagnement social important.

L’hébergement d’urgence, c’est aussi un budget. Depuis 2012, les dépenses de l’État en faveur de l’hébergement et du logement des sans-abri ont augmenté très fortement pour atteindre 2 milliards d’euros en 2018, soit une hausse de 54 % en six ans.

La hausse de ce budget répond à une hausse constante de la demande. Pourtant, un des premiers constats de ma mission est que cette demande demeure très mal connue et quantifiée par les pouvoirs publics.
La dernière statistique officielle résultant d’une étude de l’INSEE date de 2012 et évaluait à 141 000 le nombre de personnes sans domicile en France. Ce nombre paraît complètement obsolète aujourd’hui. Aucune organisation ne dépenserait 2 milliards d’euros sans connaître précisément la demande à laquelle elle répond.
Or l’absence de connaissance de la demande entrave toute capacité de l’État et des acteurs locaux à programmer une offre d’hébergement adaptée. Lire la suite
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Mobilier anti SDF

Oui, ça existe !! On installe en France du mobilier anti-SDF, souvent en faisant preuve de beaucoup d'ingéniosité et de créativité.
Au lieu de mettre des moyens pour aider les sans-abri, certains préfèrent installer des dispositifs anti-sdf.
Je souhaite un prise de consience immédiate pour interdire ces dispositifs.

Bagagerie pour sans abri

croixrouge
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Il manque en France de nombreux espaces de Bagagerie pour les sans-abri. C'est pourtant un besoin essentiel à plus d'un titre.

Outre le poids et les problèmes de santé qu'engendre le port d'un sac à dos, la Bagagerie est souvent un tremplin pour se réinsérer.

En effet, déposer son sac à dos dans un lien sécurisé, c'est un premier pas pour se projeter dans le futur. Les bagageries ne peuvent être efficaces que si elles font l'objet d'un accueil physique afin de partager le quotidien et le suivi des personnes en difficulté.
C'est aussi le moyen essentiel de se présenter par exemple à un entretien d'embauche libéré de son fardeau. De nombreuses expériences sur le terrain ont démontré toute l'efficacité de ces lieux.

Grâce à des financement privés (acteurs de l'immobilier), j'ai inauguré une Bagagerie en collaboration avec la croix rouge sur Montpellier (70 casiers) en présence du ministre du logement Julien Denormandie .
Cette initiative a démontré que quand des acteurs travaillent en synergie, les choses avancent.
Cette Bagagerie n'a donc rien couté aux contribuables et permet aujourd'hui à de nombreux sans-abri de Montpellier de soulager leur quotidien.

Je souhaite que ces espaces se multiplient sur notre territoire et j'ai donc démarré une large consultation sur le département et sur tout le territoire pour trouver des lieux d'accueil adaptés à l'installation d'une bagagerie.

Evolution du logement, de l'aménagement et du numérique

Dans le la cadre du projet de loi Elan, j'ai souhaité modifier Article L345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, afin de prendre mieux en compte les spécificités des sans-abri et notamment l'accueil des animaux de compagnie.

Article L345-2-2 du code de l'action sociale et des familles

Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence.

Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier.

L'hébergement d'urgence prend en compte, de la manière la plus adaptée possible, les besoins de la personne accueillie, notamment lorsque celle-ci est accompagnée par un animal de compagnie.

M-Lfevrier2019
ML-Mai2018

La loi Elan avec la mise en place de la stratégie du plan Logement d’abord va permettre enfin de lutter efficacement contre le sans-abrisme

Trop longtemps, nous avons pensé que le logement était la finalité d’un long parcours de réinsertion, palier par palier. Cette politique s’est malheureusement révélée inefficace et coûteuse.
Le plan Logement d’abord vise à donner immédiatement aux personnes un toit, en les acceptant telles qu’elles sont, avec leurs addictions et leurs névroses.

Cette stratégie a fonctionné à l’étranger, notamment en Norvège où, en quatre ans, le nombre des personnes sans-abri a diminué de 36 %. Même si le Gouvernement s’est engagé dans cette politique, sa réussite réclamera le concours de tous les acteurs. Elle dépendra également de la qualité de l’accompagnement et de notre capacité à recenser les besoins réels. Quel est le nombre des sans-abri en France ? Personne ne le sait aujourd’hui : aucun chiffre n’a été donné depuis 2012.
Or, comment envisager de mettre fin au sans-abrisme sans en connaître les données ?

Il faudra, à cette fin, multiplier les initiatives, telles que la nuit de solidarité qui s’est déroulée à Paris en février. Voilà plus de sept jours et nuits que nous examinons ce projet de loi sur le logement : il nous faut désormais évoquer aussi la situation de ceux qui n’ont pas de logement.

En France, l’espérance de vie d’un sans-abri est de 49 ans. Sa durée de vie dans la rue est de dix ans. Eh oui, mes chers collègues, la vie dans la rue tue.
Or on a le sentiment de ne plus voir les sans-abri. Quel paradoxe ! Alors que la solidarité des Françaises et Français est reconnue et que la mobilisation des bénévoles est quotidienne, le nombre des sans-abri ne cesse d’augmenter. Il est grand temps d’unir toutes les bonnes volontés pour mettre un terme au sans-abrisme.

Comme le souligne la Fondation Abbé-Pierre : « Mettre fin au sans-abrisme, ce n’est pas une utopie, c’est une stratégie ».